Dans mon livre à moi, le 15 novembre 2011 est une date qui devrait passer à l’histoire du secteur brassicole au Québec. Lors du congrès de l’Association des microbrasseurs du Québec, auquel nous avons participé à titre de fournisseur, nous avons senti comme jamais un intérêt des brasseurs envers les ingrédients (orge, malt et houblon) québécois, mais la beauté de la chose s’est vécue lors d’un panel de discussion réunissant grands et petits acteurs du secteur pour « se parler des vraies affaires ».

Louis-Philippe Huot producteur de houblon, Louis Hébert, agriculteur et brasseur de la Chouape, Dany Bastille, agriculteur et malteur chez MaltBroue, Bruno Vachon, malteur de la malterie Frontenac, Claude France et Mattew Letki de Canada Maltage, Alain Valois, commerçant d'orge brassicole de Vali-Sem et Laura Urtnowski, co-fondatrice des Barsseurs du Nord.

Plusieurs s’attendaient à une confrontation entre les divers participants, mais on a plutôt senti une vraie cohésion dans le message que tous véhiculaient.

Il y en a de l’eau qui a coulé sous les ponts ces dernières années! Il y a 4 ans, deux micro-malteries étaient fondées (MaltBroue et MalterieFrontenac) prouvant qu’il était possible de faire du malt québécois. L’année suivante, Canada Maltage mettait sur le marché son propre malt fait uniquement à partir d’orge québécois. En 2011, assis à une même table, grande et petites malteries tenaient le même discours : le malt québécois est différent, pour une bière différente, mais d’une qualité certaine.

Quelques brasseurs ont fait le saut vers les bières fabriquées à partir de 100% de malt québécois : pensons à Les Trois Mousquetaires ou Le Naufrageur. D’autres ont essayé, mais le choc a été trop grand. Un malt québécois n’est pas un malt européen ou américain. Il est différent et change nécessairement le goût de la bière puisqu’il vient de notre terroir à nous.

Cependant, Laura Urtnowski, présidente et maître brasseur chez les Brasseurs du Nord, une des pionnières dans le monde des microbrasseries au Québec, informait les 45 brasseurs réunis au congrès de l’AMBQ, que les bières boréales étaient brassées avec 30% d’orge québécoise. De quoi démontrer qu’il est possible d’y aller graduellement afin d’atténuer le choc de la différence.

Mais pourquoi, y a-t-il lieu de se demander, les brasseurs se compliqueraient-ils la vie pour changer leurs malts habituels pour ceux du Québec? Si c’est simplement pour soutenir une industrie naissante ou pour acheter local, la motivation n’est pas assez grande. Non. C’est pour la différence que ces malts apportent. Et la différence que les houblons québécois (une dizaine de houblonnières en émergence) apporteront.

Depuis près de 25 ans, les microbrasseurs du Québec ont prouvé qu’ils savent être uniques en brassant de grandes bières, maintenant reconnues à travers le monde. Aujourd’hui, c’est toute l’industrie qui se distingue en travaillant en étroite collaboration pour développer cette culture brassicole québécoise et continuer à brasser de grandes bières avec des ingrédients québécois.

De l’idée de faire du malt de spécialité, que nous avons eue en 2002, et ce panel de discussion en 2011, 9 années se sont écoulées… Ouf! Honnêtement, on est parfois surpris d’être encore là! Mais cette énergie que nous avons sentie, cette volonté de l’industrie à travailler ensemble, nous confirme que ce n’était pas uniquement la raison qui nous guidait dans nos débuts et dans notre persévérance à percer le marché, mais la passion.

Comme tous les autres acteurs de l’industrie brassicole.

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